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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 16:14

Aumônier des Gymnases de Morges et Nyon, puis de l'Université de Lausanne, et aujourd'hui de la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne, l'auteur revient sur sa riche pratique ministérielle pour avertir les églises réformées : sans un changement radical d'orientation, elles sont vouées à disparaître à cause de la répulsion qu'elles causent à une majorité de contemporains. Leur rôle social normatif et répressif a perdu tout sens dans un contexte postmoderne, où le plaisir est devenu une valeur dominante.

Pourtant, les églises réformées ont aussi un long héritage de culture et de soutien. Pour l'individu actuel, la pression de l'économie, la course à la consommation, la fatigue de la concurrence, amènent un besoin de silence, de partage et de spiritualité.

Héritant des rites de passage de la civilisation occidentale, des fêtes qui réunissent, de la lecture savante de la Bible, les églises réformées sont à la recherche d'un nouveau positionnement dans la spiritualité contemporaine. En abjurant tout contrôle social, elles pourraient recréer un espace chaleureux et accueillant pour tous.

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 17:11

Quelques pensées suite à une belle rencontre avec des paroissiens soucieux de l'avenir.

C'esst une manière synthétique de dire les choses pour être bref et précis.

Il s'agit de décrire un avant et un après au sujet des grandes Eglises !

(c'est bien sûr trop simple et caricatural, mais je crois ques c'est intéressant.    

 

Le système se tenait.

Il y avait un ordre, il y avait une logique, un équilibre, une organisation. C’était solide.

Il y avait un code, on le trouvait dans les Ecritures.

Il y avait le pasteur, il enseignait.

Les enfants au catéchisme, les adultes au culte dominical.

Il allait dans les maisons, veillait au bien de tous, était présent dans les moments redoutables de la vie.

Il y avait la cure, le château et l’Eglise… les pouvoirs étaient proches…

Il y avait un financement assuré indépendant de prestations. Il venait du canton, qui savait pourquoi il payait.

 

Il y avait la communauté, c’était bien sûr toute la population du village ou du quartier, les baptisés, mais cette communauté c’était surtout les notables (n’entrait pas au conseil de paroisse qui voulait !)

Il y avait la femme du pasteur pour rendre service et faire « l’école du dimanche ». Il y avait les enfants du pasteur… pour donner un modèle aux jeunes sur la la juste manière de se comporter.

Il y avait aussi le régent, parfois le notaire ou le médecin, ou le député, c’étaient des frères ou des cousins…

Tous unis dans une même vision, une même idéologie, des valeurs communes

Les jours ressemblaient aux jours.

 

Le système se tenait, si l’on peut dire

 

 

Et voilà que quelque chose et venu, a surgi, et a brisé ce monde-là. En moins d’une génération. Au milieu du XXe

La liberté s’est montrée plus importante que la soumission.

La créativité plus importante que l’obéissance,

L’invention que la répétition…

L’individu que le groupe !

L’argent que les relations humaines

 

Et l’Eglise, qui était la colonne vertébrale de cet « ancien régime », s’est écroulée avec lui.

Pendant un certain temps, elle a pu maintenir un semblant d’existence comme si rien ne s’était passé, mais elle n’y parvient plus.

Ceux qui s’en vont ne sont plus remplacés…

Les jeunes ne veulent plus de ce mode de vie, il est trop loin de leurs préoccupations

La théologie ne les intéresse plus, le ministère non plus

Les gens dans les paroisses souvent admirables, sont souvent fatigués…

 

Comment faire maintenant ?

Quel message annoncer,

Quelle morale proposer…

Comment s’organiser

 

Et pour qui ?

Et en vue de quoi ?

 

Voilà notre constat, voilà nos questions

                                                                                    Bursins, le 13 février 2012 

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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 11:31

 

Parmi les objections repérables face à la foi chrétienne, il en est une qu’il vaut la peine d’aborder. Une grande quantité de gens, les adolescents notamment, ne désirent pas faire « le pas de la foi » car ils ont peur de perdre leur liberté. Ils craignent de ne pas pouvoir faire ce qu’ils auraient une fois ou l’autre envie de faire…

 

Ils ont bien écouté le catéchisme, ils l’ont trouvé intéressant… « l’Evangile est sans doute un beau projet, mais c’est pas pour moi, c’est trop dur, trop exigeant ».

Il ne faut pas minimiser cette objection. Elle entre très fort dans la problématique de l’imaginaire contemporain face à la foi chrétienne. Elle s’inscrit dans cet univers d’extrêmes libertés individuelles qui caractérise notre époque (avec ses aspects positifs et ses aspects problématiques).

On peut fort bien comprendre cette crainte. Elle peut se justifier. Entrevu d’un certain angle, le message de l’Evangile peut apparaître comme castrateur, entrave au plaisir, diminution des possibilités apparemment infinies de que fait miroiter la vie en ses débuts.

 La fameuse règle de l’amour qui place l’autre au dessus de moi peut être une réelle entrave au « moi-je ». Le respect infini de l’autre, largement prêché et vécu par Jésus vient plomber certains desseins peu avouables… Et on pourrait remplir des centaines de pages avec ces arguments. Et il est vrai qu’ils y sont ! (et ce n’est pas une catastrophe en soi, l’ « égo » est souvent surdimensionné)

 

Mais, curieusement, ceux qui sont entrés dans la foi, ceux qui, dépassant cette peur de voir leur liberté entravée, non seulement ne se sentent pas moins libres, mais plus libres.

C’est comme si, en fait, du dedans, une source s’en venait à jaillir sans limites : « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, des fleuves d’eau vive couleront de son sein » (Jn 7,38), « Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libre » (Jn 8,32), dit le Christ.

Le problème – et il est de taille – est qu’apparemment, il faut le lancer dans le vide, il faut entrer dans une réalité expérimentable seulement après…

Et, à notre époque, c’est devenu inacceptable, car ce cas de figure ne se présente presque jamais dans notre société. On peut toujours expérimenter avant d’acheter, suivant le bien on peut le payer après un temps d’essai voir même le rendre dans les trente jours s’il s’avère ne pas convenir !

 

Une impasse donc ?

Oui, si l’on continue de présenter la foi comme un saut dans le vide (elle risque de ne se trouver accessible qu’aux personnes en crise grave, celles qui n’ont plus rien à perdre).

La voie est ailleurs. Il ne s’agit plus tant de mettre la personne face à un choix que de l’inviter à descendre en elle-même, et à laisser être cette mystérieuse présence.

Lui dire que tout au fond d’elle réside un mystère de vie, une source de liberté, une présence.

Et que la foi consiste précisément à « laisser être cette présence », à laisser se développer l’Esprit de Dieu en soi, « Vous êtes le temple de l’Esprit saint » (1Co 3,16).

Ce n’est pas un coup d’état de la volonté, pas un saut, pas un ultimatum. Donc pas de risque de perdre sa liberté, mais au contraire une lente appropriation de sa véritable identité. Unique, belle, forte.

La foi ainsi ne consiste dès lors plus en un danger de se perdre, mais à l’inverse celui de se trouver. Elle n’est plus perte de liberté, mais possibilité de pouvoir l’exercer en respect de soi et même et de l’autre.

 

Ca change la vie !

 

 

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 10:35

NN : Le christianisme n’a-t-il pas tout simplement réussi ?

Tout le monde a et vit les valeurs chrétiennes : le respect, l’ouverture, le droit des enfants, etc.

Ne suffirait-il pas de dire que tout cela est chrétien ?

 

Merci pour cette remarque !

On peut en effet voir dans la société occidentale un fruit du judéo-christianisme. Les grandes valeurs prônées sont globalement les droits humains. On peut les faire remonter à l’Evangile : « aime ton prochain comme toi-même » ou les béatitudes. Le philosophe Marcel Gauchet, dans le « Désenchantement du monde »  a parlé de : « la religion de la sortie de la religion » montrant par ces termes que le judéo-christianisme comportait dès le début les germes de sa (fécondation et) dissolution dans la société.

 

Mais ça se discute. Les laïcards refusent cette tentative d’annexion par les chrétiens, prouvant que la filiation provient du siècle des lumières et certains chrétiens refusent d’y voir un fruit de l’Evangile, niant à l’homme la capacité de faire le bien et préférant parler des « devoirs de l’homme !».

 

Dans tous les cas, même si des chrétiens peuvent affirmer que notre société au niveau du vivre ensemble et de la solidarité peut se réclamer du christianisme (solidarité, valorisation du pardon, et plus généralement : redistribution des richesses par la charité et la fiscalité, systèmes de sécurité sociale), le chemin pour arriver à cela est encore long.

 

Arriver à ce que ces valeurs soient vécues intérieurement, partagées par tous et réalisées dans le concret reste une tâche loin d’être gagnée. D’une part, ces valeurs ne sont pas partagées par tous. D’autre part elles sont danger face à la montée du néo-libéralisme, et surtout elles demandent une force intérieure énorme pour être mises en œuvre.

 

Tout le chemin reste donc sans cesse à faire. Soit pour conserver est rendre solide ce qui est, soit pour l’étendre au monde et à la nature. Et cela nécessite un redoublement d’imagination et d’action… qui devrait nous mobiliser bien plus que nous le faisons actuellement… Et cela nécessite aussi le recours à une énergie de vie, la force de l’Esprit, qui ne monte pas naturellement au cœur de l’homme, mais qui doit être reçue et cultivée.

 

C’est la tâche de la foi et de la spiritualité. C’est sa contribution au bien de l’humanité, c’est un don de Dieu, et c’est la tâche de l’Eglise que de communiquer ce (beau) message !

 

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 09:07

Pour continuer le débat lors de la soirée du 24 novembre 2012 avec les diacres en formation chez Gladys et Henri Chabloz                                                vr/janvier 2013

J'ai eu la chance d'être invité à une soirée de discussion sur :"le Temps presse" par une volée de diacres romands en formation OPF. Ils ont ajouté cela à leur temps réglementaire et avaient lu le livre. La soirée a été très belle et dense, et il avait été impossible de répondre à toutes les questions et remarques. Cest la raison pour laquelle j'y consacre cet artile de mon blog. Les intervenants ont accepté que leur nom figure sur les questions. 

 

Renaud Rindlisbacher : Comment faire avec les anciennes générations ?

 

Ta question est très importante, elle témoigne de ton souci d’unité. Mais c’est une « colle » pour moi, car le problème se situe précisément dans la rupture de transmission des années 60.

Parmi les scénarios ;

1. On tente de mettre tout le monde ensemble, et c’est ce qui se passe actuellement, à savoir que ce sont les (grands) aînés qui dominent, avec leur esthétique, leurs idées… et cela ne laisse peu ou pas de place aux générations d’en dessous (dès 60 ans !).

2. On organise des « existences séparées » avec des activités distinctes et des horaires différents. C’est aussi ce qui se passe parfois, mais la diminution du nombre des ministres rend cet exercice difficile, car il nécessite un grand nombre d’animateurs.

3. Troisième scénario, on travaille à autonomiser le groupe de 3e âge (en le faisant par ex. bénéficier d’un ministre à la retraite), et on invente de nouveaux types de présence et de propositions pour des populations nouvelles.

C’est cette proposition qui est la mienne. Ce faisant, comme je le préconise dans mon livre, on inverse le fameux 90% de « reproduction » et 10% d’ « invention » pour passer à 90% d’invention et 10% de reproduction. 

Question : « comment convaincre une assemblée de paroisse à voter un tel projet alors qu’elle est composée en majorité de personnes d’âge respectable (et de plus jeunes qui partagent leurs idées puis qu’ils y sont ?)

 

 

 Pascale Boismorand : Est-ce que la pression sociale n’était pas forte au point de contraindre les gens à participer à la vie d’Eglise ?

 

Eh oui, vous avez raison. On peut l’appeler la pression sociale, ou la coutume. Dans les deux cas, il s’agissait de forces qui ne faisaient pas appel à une décision personnelle, mais à une obéissance au groupe. Cela a fondamentalement changé. Ce qui domine maintenant est l’individualisme et le libre choix.

On doit faire avec cette nouvelle donne : toucher, convaincre, séduire avec la substance et la qualité de ce que l’on propose. C’est une conversion extrêmement difficile pour une institution qui n’avait pas ce genre de soucis durant des siècles.

Nous devons maintenant nous intéresser aux attentes et aux besoins pluriels des personnes dans une société éclatée…

Question : « comment les connaître ? ». Réponse : « en les rencontrant en vérité et se laissant « changer » par elles… »

 

Pascale Boismorand : Est-ce que la véritable fonction et le sens de  l’Evangile est de répondre aux besoins et attentes des gens ?

 

Merci aussi de la question. Evidemment que posée comme ça, la réponse est non. Du moins pas tous…

Ce qu’il faut savoir, c’est que, par le passé, les grandes Eglises, sans l’avouer, répondaient aux besoins et attentes d’une partie de la population. La partie dirigeante, les notables, ceux qui faisaient l’opinion, dirigeaient la politique. L’Eglise était impliquée dans la construction sociale. Dit comme ça, c’est évidemment trop massif, cela mériterait de très amples développements. N’empêche, prouvez-moi le contraire… Dire que l’Eglise était constantinienne est un bon résumé.

Ce que je propose n’est pas, à l’instar des Eglises évangéliques, de sortir de la société, mais d’y rester en proposant une spiritualité qui corresponde aux besoins et attentes de ceux qui font la société actuelle. De la même manière que l’Eglise l’a fait dans le passé, continuer de le faire pour la société actuelle.

Question : Une église publique  est elle compatible avec une société plurielle et éclatée ? (là, est peut être la seule question à se poser et la réponse n’est pas évidente du tout. Il faut y travailler. Et je dois vous avouer que si la réponse est « non », je vais devoir revoir ma copie. Pour le moment, je persiste et signe…

 

 

NN : Il y a tout un travail de communication à faire. Comment actualiser

Quels mots utiliser ? Comment ne pas réveiller un passé négatif ? 

 

Votre question, on se la pose depuis que le marasme atteint sérieusement les grandes Eglises. Elle est très importante et pas simple.

Je prendrai le problème de la manière suivante : si communiquer consiste à adapter un message donné, solide et clair, et trouver les formes et les mots qui font mouche dans notre temps, le problème n’est pas un problème de communication.

En vérité le problème se trouve dans le message à communiquer dans le sens, le contenu. Celui-ci doit répondre aux interrogations qui existent chez les femmes et les hommes d’aujourd’hui avant de chercher à être communiqué.

C’est tout un travail, le travail précisément théologique. Celui ci est difficile à faire précisément du fait de la société plurielle et éclatée… Il ne s’agit pas de plaquer une parole, mais la traduire, de la réinventer en fonction du temps présent, en fonction de la singularité de notre époque. Durant très longtemps, ce travail (on l’appelle la « dogmatique»), a été fait sur la base de la philosophie. C’est plus compliqué que cela, mais on peut dire que les théologiens tendaient à dire la foi sur l’arrière fond philosophique de la société. Actuellement le paysage philosophique, comme le paysage artistique ou musical est complément « déconstruit », c’est un euphémisme de le dire. On pourrait presque dire : détruit. Depuis une quarantaine d’années, on l’a fait sur la base de la sociologie puis de la psychologie. On se met à le faire sur la base de l’anthropologie… mais les discours sont si nombreux et discordants que c’est un travail de Sysiphe ou de Pénélope.

 

Pour illustrer le propos et le rendre plus compréhensible, je vous citerai l’attitude (globale, ils ne sont pas monolithiques) du christianisme évangélique. Pour ce courant, la question est bion une question de communication. Ils disposent d’un message clair, précis, concis, opératoire. Le seul problème est de savoir comment le faire passer. Et sur ce point ils sont extrêmement forts. Ils ont totalement modernisé la forme et ils ont un réel succès, en tous cas sur la frange des personnes qui sont sensibles aux préoccupations prises en compte et à l’esthétique choisie. Ces Eglises peuvent faire de l’apologétique, de la défense du christianisme (en fait de leur christianisme…).

    

Vous voyez dès lors pourquoi ce n’est pas d’abord une question de communication, mais une question infiniment plus grande. Je traite de la chose dans mon livre en parlant de Luther qui avait su capter la grande question des foules de son temps, et en proposant des déplacements théologiques et spirituels…

Question : Où est notre Luther d’aujourd’hui ?

 

 

Isabelle Plan : Clarifier les axes concrets :

 

Le rapport au politique, au vivre ensemble.

 

Le rapport au politique est une dimension très importante dont on a peu conscience. Notre société veut confiner le religieux dans la sphère privée. Or c’est un piège pour nous étouffer. Le question tout à fait publique.

D’abord parce que durant des siècles (et actuellement dans de très nombreuses contrées), la religion a été (est) constitutive du politique au sens du vivre ensemble dans la « polis » la cité. Elle a (et devrait avoir) encore un grand rôle à jouer, celui précisément d’aider les gens à vivre ensemble. Et c’est bien parce qu’elle a hélas souvent aidé à faire la guerre qu’elle peut aider à faire la paix… (voir H. Küng et son projet d’éthique planétaire).

Ainsi donc, il est important de concrétiser dans le quotidien non seulement personnel, mais social et  politique, les valeurs que la religion communique : la paix, le respect, le rôle des « riches », l’attention au plus pauvre, etc. .

Ces réflexions conduisent à la deuxième question :

 

La question de l’écologie et de la spiritualité.

 

Un des problèmes centraux de notre société est celui de la destruction de la biosphère du fait de l’utilisation massive de combustibles fossiles. Dans la prise de conscience de cette réalité et la lutte pour inverser le mouvement s’il en est encore temps, la spiritualité et les religions peuvent jouer un rôle non négligeable. Celui de montrer que le confort, la consommation et le prétendu bonheur matériel ne sont que chimères : « l’homme ne vit pas de oain seulement ». Et que la gestion de la création est une tâche donnée par Dieu qui nous la confie non pour la piller, mais pour la donner à nos enfants.

 

 

X. Pas mal de gens aimeraient des réponses toutes faites avant de croire. Comment entrer dans un dialogue sans les remonter contre la foi tout en respectant les gens ?

Un dialogue qui atteint les gens…

 

Votre question est très importante. Elle pose le problème du type, du genre d’Eglise.

Dans notre société plurielle et éclatée, il semble difficile, voir impossible de revenir à une église pour tout le monde (d’ailleurs est-ce souhaitable ?). Ainsi donc, il devrait y avoir (et il y a !) des églises différentes qui mettent chacune l’accent sur un aspect de la foi et le développent. Par exemple, chez les protestants, les églises évangéliques (pentecôtistes ou non) proposent un accueil chaleureux, de réels moments d’émotions et des réponses (presque) toutes faites. Elles touchent ainsi la frange de la population qui y est sensible. Honneur à elles ! si on peut dire… Il faut quand même ajouter que, en se présentant parfois de manière assez exclusives, elle peuvent éloigner des gens de la foi chrétienne.

 

Dans la même logique, les églises historiques ont à se profiler sur le « marché » du religieux. Il me semble que, différemment des précédentes, elles devraient insister sur le caractère de la foi comme recherche, comme quête, comme pèlerinage. Ce faisant, elles présenteraient au « monde » un visage plus accessible, plus adapté à des personnalités qui ne cherchent pas forcément une sécurité, un environnement chaleureux, mais du partage sur les grandes questions de la vie, sur : « comment être authentiquement humain dans notre société ?».

 

Il devrait juste y avoir une bienveillance réciproque entre ces types ou genres d’églises, de manière à faciliter la circulation des fidèles qui n’ont pas tous les mêmes besoins et les mêmes attentes au même moment !             

 

X. …et si il n’y avait plus de grandes églises ?  Qu’est ce que cela changerait ?  Qu’est ce que cela poserait comme problème ?

 

Merci de poser cette question. Je dirai que serait vraiment dommage que le christianisme (version protestante) ne se présente plus que sous sa forme « fastfood » telle que proposée dans ce qui est désormais son plus grand nombre sur terre. On a besoin de MacDo, mais on a besoin aussi de gastronomie. Il y a bien sûr avoir la foi, donner sa vie à Jésus, puis faire de la mission tous azimut l’objectif final, c’est bien et sans doute nécessaire. Mais il y a aussi besoin de penser, de confronter, d’approfondir, d’avoir accès à 2000 ans de christianisme qui ne sont pas que des balayures. Il y a besoin d’une présence chrétienne que j’ai appelée « soft » dans mon livre. Il y a besoin de diversité, de charité désintéressée, de dialogue interreligieux, de culture et de dialogue avec la culture… Tout cela est le fait des grandes Eglises… Puissent-elle se réformer assez pour qu’elle parviennent à continuer de tenir leur place dans le concert chrétien !

 

Annick Monnot : Le christianisme n’est  pas en train de mourir ! Est ce que ce livre aurait pu être écrit par des catholiques au XVIe ?
Il y a des choses nouvelles, mais elles devaient être acceptée, intégrées, admises par l’institution. Comment valoriser les choses qui se vivent maintenant ?

 

C’est exactement le thème de mon livre. Relisez, vous verrez ! 

 

Henri Chabloz : Ce qui est difficile, c’est que l’institution garde et conserve ce qui est, mais elle est handicapée face au nouveau !  L’institution a besoin de liberté !

 

Tu as raison, Henri, l’institution est là pour conserver. Elle ne peut en elle même que rarement inventer. Elle ne change que sous la contrainte, ou plus exactement, elle intègre ce qui semble lui être utile pour se conserver, ou, si elle est assez forte, ce qui pourrait la détruire.

A ce sujet, l’exemple de la création de la société des écoles du dimanche en Suisse romande au XIXe siècle est éloquent. Elles ont dû se constituer en association hors de l’institution ecclésiastique qui n’en voulait pas… et au bout de quelques dizaines d’années elles sont devenues un élément constitutif qui continue aujourd’hui de la pédagogie chrétienne dans nos contrées. Il en a été de même pour la création de diaconesses de St-Loup… et de milles choses encore. La vie se déploie par elle même, mais elle doit d’abord naître puis convaincre. Comme dit le proverbe : « la meilleure critique du faux est la pratique du vrai », ou, mieux dit : «  la meilleure critique mal est la pratique du bien !».  

Des changements pourront advenir dans l’Eglise protestante dans la mesure où ils commenceront à vivre de leur côté et deviendront suffisamment forts pour devenir incontournables…

Qui est-ce qui commence ?   

 

Etienne Guilloud  :

Montée des courants confessants, pourquoi tant de haine ?

 

J’ai déjà abordé cette question plus haut. Ce que je crois profondément, c’est qu’il y a de la place pour tout le monde sur la planète des spiritualités. Pour tout le monde, donc aussi, face à des conceptions closes, de la place pour des spiritualités plus ouvertes, plus « en chemin », en recherche, en quête.

Dans notre société plurielle et éclatée, il ne peut en être autrement. Tout le monde n’a pas les mêmes besoins et attentes en même temps et cela se modifie en fonction des circonstances de la vie…  

Ainsi, ce n’est pas de la haine, juste du droit à la complémentarité, de la possibilité d’exister, de pouvoir circuler d’un lieu à l’autre sans que ce soit une catastrophe.

Ce qui me dérangerait, ce serait le jugement qu’exercent certaines de ces communautés de confessants sur les autres Eglises, mais je sais que c’est aussi vrai dans l’autre sens (ce que tu me reproches). Ainsi chacun a à balayer devant sa porte…

D’ailleurs, il y a une multitude de communautés évangéliques et une multitude de fidèles qui suivent cette voie. Il n’y a donc pas de jugement global à poser, juste se baser sur des tendances (on peut les connaître en regardant leurs sites www), et surtout bien distinguer les doctrines des personnes… Un discernement reste nécessaire. 

 

J’ajoute quand même que ce qui me dérange particulièrement, et qui arrive parfois, c’est que, dans ces communautés, la vision du christianisme étant présentée comme la seule  « vraie » (d’ailleurs ils se disent « chrétiens » comme si d’autres ne l’étaient pas !), un refus de cette vision par une personne untelle peut entraîner le refus de la foi chrétienne en son entier… Reconnaissons que c’est dommageable au message de l’Evangile qui n’est la propriété de personne !

 

Je résume en deux mots : Il y a de place pour toutes les formes de foi chrétienne. Toutes.

 

 

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 10:34

 

Suite à une rencontre avec des diacres en formation en novembre 2012, Jean-Marc Leresche a écrit les lignes suivantes :

Je lui réponds en bleu 


Cher Monsieur,

Suite à notre rencontre précitée, je souhaite développer quelque peu ma réflexion quant à vos propos et après un temps de « décantation ».

 Merci d’avoir pris cette peine, je répondrai entre les paragraphes en bleu

 

Arrière-plan ministériel

Mon ministère d’aumônier en EMS me conduit, bien évidemment, à « être avec » un public pour qui l’Eglise a une image décalée par rapport à celle que vous donnez dans votre livre et celle de 2012 : les résidants voient encore le pasteur comme une figure notable de la société, faisant autorité. Leur conception de la paroisse est restée figée et n’a pas intégré les changements récents (regroupement de lieux de vie et élargissement géographique du territoire paroissial), entre autres. Donc, vous pourriez argumenter que mon point de vue est largement induit par les considérations surannées de mes interlocuteurs. Je ne cache pas qu’effectivement une part de ma réflexion est induite par cette idée-là. Mais pas seulement.

Effectivement, on pourrait dire qu’il y a un décalage chez vous. Toutefois ce n’est pas vraiment le cas puisque, à mon avis, bien des paroissiens de nos églises sont plus proches de vous que de moi !

Mais c’est bien là que réside le problème. L’institution vieillit, elle correspond à ceux qui s’y trouvent, mais ne parvient pas à se renouveler. Les « postmodernes » ne  veulent pas faire perdurer une structure dans laquelle ils ne se retrouvent pas.

Ainsi, pour accueillir d’autres, ce serait à ceux qui sont dedans de changer (ramener le cœur des parents vers leurs enfants, Luc 1,17 et pas l’inverse !). Or passablement de personnes actuellement actives ne le veulent pas. Elles s’y trouvent bien, sinon elles auraient quitté…

Devant ce dilemme, seul le rappel de la mission confiée aux grandes Eglise pourrait faire bouger. Elles ont pour vocation de s’adresser à la population toute entière, pas seulement à un reste fidèle ! 

 

J’ai aussi la chance d’être prédicateur laïc dans ma paroisse et co-animateur d’un groupe d’enfants de 10-14 ans. Et dans ces activités-là, je crois pouvoir affirmer que je peux être avec et faire pour, sans que cela soit antagoniste. Ce que je vis avec les paroissiens, les enfants, les aînés et les imprévus, lors de discussions et de rencontres, nourrissent mes réflexions pour un culte, une animation, une manière d’être…

Conscient que l’Eglise est « dans le monde sans être du monde et qu’elle est une « Eglise toujours en réformation », je tiens à ce que cette Eglise s’enracine profondément dans son histoire.

 

L’Eglise vit… encore !

Là, nous sommes tout à fait d’accord. Mais il faudra s’entendre sur le moment de référence de ces fameuses racines. Si c’est il y a 50 ans, ou 500 ans, 1000 ans, ou… dans l’Evangile. Car c’est à l’Evangile qu’il faut remonter… retrouver les sources… et les interpréter... pour aujourd’hui

 

Ce qui me surprend aussi, c’est cette politique « du verre à moitié vide », comme si ce qui se vit dans les multiples activités paroissiales ou ecclésiales n’avait plus de poids, plus d’intérêt, plus de sens. Et si, comme vous l’affirmez, l’Eglise n’en finit pas de mourir, les soins palliatifs peuvent sans doute lui donner de belles occasions à vivre. Jeter un coup de projecteur sur ce qui ne va plus, ce qui n’est plus, c’est oublier un peu trop vite qu’il se passe encore des choses, et de belles choses,  pour celles et ceux qui se sentent Eglise et aussi pour des distancés (ici me reviennent des réactions très positives suite à un service funèbre, par exemple, ou les échos d’un culte de confirmations par des familles non engagées).

Je suis bien d’accord avec vous qu’il se vit de très belles choses. Et il faut mieux les mettre en valeur. Et ce que nous pouvons faire au niveau des actes ecclésiastiques doit être soigné au maximum (je l’écris dans mon livre). Ainsi qu’avec les enfants et les adolescebts. Il n’en demeure pas moins qu’il y a à certains endroit 5 fois plus de services funèbres que de baptêmes… et que (à Neuchâtel et à Genève) les finances fondent comme peau de chagrin… C’est aussi un signe hélas éloquent…

Et tout ce qui se passe de beau, à quel prix cela est-il payé par des ministres exténués, peu reconnus et des bénévoles souvent âgés qui tiennent tout à bout de bras et ploient sous les difficultés en maugréant contre cette société si égoïsteAlors qu’on sait très bien qu’il y a une multitude de bénévoles engagés dans toutes sortes d’associations et d’ONG…

 

Mais où je ne parviens plus à vous suivre, c’est dans votre nostalgie d’une Eglise forte ou mainline. Peut-être est-ce là une mauvaise compréhension de ma part, mais dans ce que vous dites et écrivez, je crois discerner l’envie de toucher un maximum de personnes tous azimuts. Comme si l’Eglise devait être attrayante, séduire… Ne s’agit-il pas là de la politique du « culte de la performance », de ce « bon vieux temps » où le culte dominical rassemblait, où le ministre jouissait d’une position reconnue, où le message prononcé en chaire avait des effets dans la vie de la semaine ?

On a une mission envers toute la population, on doit toucher un maximum de personnes… A long terme c’est la seule manière de se maintenir… (les gens vont et viennent, ils ne sont plus captifs). C’est peut-être un désir de performance (et pourquoi pas ?), mais en tous cas pas une nostalgie, puisque j’affirme que si les choses vont mal maintenant, c’est parce que précisément les grandes Eglises ont abusé de leur pouvoir de contrainte.

 

Une Eglise minoritaire, et alors ?

Si les objectifs de l’Eglise devaient être ceux d’une entreprise en termes de productivité, d’impact, de visibilité et de profits, je crois alors qu’elle manquerait sérieusement (et sournoisement) à la mission qui est la sienne : être témoin du Christ dans le monde.

 

Pourquoi pas les deux ?

 

Et si le vrai défi était d’être, être malgré tout, ou tout simplement ? Etre à contre-courant du mouvement de la société ? Etre un lieu, un espace et un temps où d’autres valeurs que celles du monde de l’économie puissent s’exprimer et se vivre ?

Comme se serait bien si les grandes Eglises étaient, comme vous dites « des espaces et des temps d’autres valeurs que celles du monde de l’économie puissent s’exprimer et se vivre ? » Ce n’est hélas que trop peu le cas. Les trop rares personnes pratiquantes sont souvent loin d’être des « décroissants »…

 

Prendre soin de la minorité

Un danger guette : celui d’abandonner le petit troupeau de fidèles pour tenter de raccrocher la multitude.

 

Il ne s’agit pas de l’abandonner, il s’agit d’inverser les forces de passer de 90% de répétition et 10% d’invention à 90% d’invention et 10% de répétition. Et de confier le « petit troupeau » à des pasteurs qui le désirent ou des retraités pour laisser la bride sur le cou à ceux qui veulent (dans la mouvance de l’Esprit) inventer…

 

J’ai pu vivre quelques tentatives de proposer autre chose, et cela a suscité des avis partagés, voire très négatifs, car les mentalités sont lentes et réticentes aux changements, mais n’a pas attiré de nouvelles personnes pour autant.

Vous touchez là quelque chose de très sensible. Le regard porté par les paroissiens lambda, en fait le refus foncier de changer quoi que ce soit rendait d’emblée toute démarche impossible. Il eu fallu un vrai désir de rencontrer l’autre dans son altérité et lui faire de la place… ce qui n’était pas le cas.

 

Certains regrettent l’absence des catéchumènes aux cultes du dimanche, ou de leur « décontraction » à la confirmation ; mais ces mêmes jeunes se plaignent du manque de paroissiens adultes et âgés lors de leurs activités festives.

Comment une Eglise pourrait-elle continuer à être majoritaire (ou mainline) si ses membres, au fil des années, sont devenus minoritaires ?

La question minoritaire – majoritaire n’est pas un choix. Historiquement nous sommes les « gestionnaires du sacré endémique ». C’est notre tâche et notre identité. Nous avons à accueillir les gens dans leurs attentes et besoins spirituels et religieux. Minoritaires ou pas, nos temples resteront au milieu des villes et des villages…

 

 

Préserver des valeurs

Il me paraît aussi important de ne pas tomber dans trop de facilité : par exemple, éviter de parler de la résurrection, parce qu’aujourd’hui, on fait l’amalgame avec la réincarnation.

Qui vous a dit cela ? C’est dans mon livre ?

 

S’inventer une spiritualité neutre et facile qui affirmerait, finalement, que tous les chemins mènent peut-être à Rome, mais surtout au salut, ne pas choquer. Finalement, adopter une politique du plus petit dénominateur commun, pour s’assurer la sympathie du plus grand nombre.

Eh oui, (re)trouver la confiance des contemporains, c’est le premier pas pour avoir une parole qui soit entendue et qui porte…

 

Les Eglises ont un message interpellant et dérangeant à faire passer dans une société marquée de plus en plus par l’individualisme et la frénésie du succès et du profit. Un message qui me paraît essentiel aujourd’hui : la valeur de chaque individu, accueilli inconditionnellement par Dieu.

Je signe et re-signe et contre-signe, c’est bien pour qu’on entende cette bonne nouvelle que je me bats…

 

Je terminerai par une image : si un copain me dit les choses que j’aime entendre, l’ami ose me dire celles qui me dérangent. Je préfère pour ma part une Eglise-amie !

Et moi je suis heureux des propos que vous avez tenus, ils sont ceux d’un ami !

 

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Jean-Marc Leresche et Virgile
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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 10:29

 

La question met en jeu des raisons conscientes et d’autres qui le sont à demi et d’autres pas du tout.


Les raisons conscientes ? Je dois me concentrer pour les trouver, elles  ne sont pas en immédiateté.

Je dirai que c’est ce que j’affirme dans mon bouquin : dans le concert des spiritualités en présence, je trouverai dommage que disparaisse une approche spirituelle chrétienne intelligente, large, ouverte sur la culture, incarnée, engagée… Pour moi, face au matérialisme ambiant, ce serait dommage qu’il n’y ait plus que des spiritualités « escapistes ».

 

Demi – conscientes : Par reconnaissance de tout ce que j’y ai reçu : les groupes de jeunes, les études de théologie, tellement ouvrantes, l’immense ouverture d’esprit, la culture, que j’y ai reçu…

Et la liberté, la liberté de pensée, la déculpabilisation, la vie…

Mais aussi désireux que les personnes que j’ai encouragé à s’engager dans cette voie aient encore la possibilité de s’y épanouir !

 

Inconscientes :

- Pour avoir de la reconnaissance ? Il y a de ça.

Je ne peux pas cacher que mon besoin de reconnaissance n’est pas mince…

- Pour être fidèle d’une certaine manière à mes origines religieuses familiales très engagées de la Vallée de Joux, et en sortir sans rupture totale. Sans doute.

- Parce que j’aime bien m’engager dans la restauration de belles choses ancienne. Construire, restaurer.

 

Mais aussi, et surtout, pour des raisons spirituelles (qui participent de ce qui précède). Les grandes Eglises ont été un maillon important de la transmission de l’Evangile, si elles prennent le virage de la post modernité, elles pourront poursuivre cette tâche… C'est l'Evangile qui compte...


C’est pour cela que je m’entête à me donner tant de peine pour la cause des Eglise historiques…

 

                                                                                                            25 novembre  2012

Escape : fuite dans une autre dimension

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 14:42

Lors d'un entretien avec des collègues à Strasbourg, le pasteur Geoffroy GOETZ, a posé la judicieuse qauestion suivante : « dans ton livre, tu nous dis que tu veux passer du « faire pour » au « faire, être avec », mais c’est QUI, les personnes avec qui tu veux être ? "    

 

Au point où j’en suis de mon cheminement, cette question me permet de rebondir.  J’ai forcément en moi une réponse à cette question, mais elle n’est pas totalement consciente (et peut-être même problématique…).

 

Comme je dois élaborer la réponse, je commencerai par problématiser :

 

Il y a plusieurs possibilités :

La première (généreuse, mais peu réaliste) : ces personnes, c’est tout le monde. C’était le régime de chrétienté avec monopole religieux, où une partie de la population parvenait à imposer un modèle. Dans notre société plurielle et éclatée, ce n’est plus le cas.

Rencontrer tout le monde c’est ne rencontrer personne…

 

La deuxième serait de faire et vivre avec ceux qui sont là et faire précisément ce qu’ils nous demandent de faire. C’est globalement ce qui se fait. C’est là une position identitaire globalement conservatrice. Elle a le mérite du réalisme, mais contient en germe le danger de « sectarisation ». Elle implique de réduire considérablement la voilure et donne au futur de l’Eglise une allure de redimensionnement infini (dans lequel on est entré : faire moins avec moins…).

Il s’agit de sauver les meubles. Cette proposition se heurte à de grandes avenues d’Evangile, et elle est peu mobilisante pour la société 

 

Une troisième possibilité serait de faire et d’être avec ceux qui sont en demande

Il y a ici deux cas de figure : les demandes de type « traditionnel », et les demandes avec désir de conscience et d’approfondissement.

 

1. La première est problématique du fait de l’aspect souvent purement formel de la demande, difficile à intégrer à un processus « en conscience » (ces demandes sont des reliques du temps de chrétienté. Elles doivent être accueillies avec le maximum de soin, en vue d’éveiller les demandeurs à un « plus »). C’est toutefois difficile car cela ne repose pas sur une demande consciente, mais sur la coutume, et celle ci est en forte diminution et mutation (plus de services funèbres que de baptêmes, confirmations et mariages). C’est le statu quo, qui est précisément le problème.

 

2. La deuxième est plus intéressante. Elle peut-être une chance :

Faire avec les hommes et les femmes d’aujourd’hui qui sont en recherche de spiritualité et d’humanité. 

Exprimé assez froidement, ce sont les petits enfants de la BSP qui ont pris le large en 68… et tous ceux auxquels la démocratisation des études a permis d’accéder à un certain niveau socio-culturel (on pourrait dire autrement ; les femmes et les hommes cultivés de notre temps).

C’est notre « créneau », c’est là où on peut être « bons »

Pour cela il faut se profiler publiquement. Donner une image précise. Et la vivre !

Donner un cadre, pour se présenter et être atteignable.

Dans les grandes Eglises, on trouve ça, on cherche ça… etc

Voilà. En disant cela, je vois que ce ne sera pas facile. Le discours élitiste a toujours été refusé, même si il était vécu…

 

Je cherche donc autre chose. Si quelqu’un a une idée ?

 

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 11:23

Cher Virgile,

 

J'ai enfin pu lire tranquillement ton bouquin, profitant d'un long voyage en train.

Merci d'abord pour l'envoi, et bravo surtout pour le résultat du livre! Il se lit bien, c'est sérieux et pertinent (tout en offrant quelques plaisanteries bienvenues en notes de bas de page, ici ou là, et en permettant un heureux accès à plusieurs niveaux à travers les différentes typographies)! La forme et la rédaction sont bien plus attrayantes et abouties que le pavé de Fuchs et Glardon, et ton travail est aussi plus facile à lire que l'ouvrage de Mottu (d'ailleurs, pourquoi ne cites-tu jamais ces deux bouquins, qui s'inscrivent dans la même problématique que toi, avec des approches, des angles d'attaque et des solutions différentes?).

 

Parce qu’ils n’étaient pas édités au moment de clore mon manuscrit. 

 

Et puis la construction du texte est cohérente: l'analyse de la situation pointue, l'exposition des perspectives claire, et même les idées concrètes intéressantes. Cela dit, bien sûr, mon esprit critique n'est pas resté au repos durant la lecture... J'ai annoté toute une série de choses au fil du bouquin, mais je ne crois pas que je vais toutes te les livrer.

 

Merci !

 

Disons tout d'abord (et nous le savions déjà avant même que je prenne le livre en main) que je ne partage pas vraiment certains de tes points de départ "libéraux", ni l'idée confessionnelle "identitaire" que tu défends ("le profil protestant" à préserver selon toi). Bien sûr, tout cela est dans l'air du temps, et c'est assumé de ta part, mais n'est-ce pas un peu court de dire que les Eglises historiques sont ici dépositaire du "sacré endémique" de la société, certes coloré de l'héritage chrétien? Ne sont-elles pas aussi, et avant tout (dans la foi), "appelées" au sens fort du terme (vocation), par un Autre, à être ce qu'elles sont (ek-klesia comprend, me suis-je laissé dire, étymologiquement l'idée d'un "appel" ensemble, d'une con-vocation). Les Eglises sont donc plus que des "fournisseurs de services" sur le marché du spirituel, comme tu le laisses entendre... Tu me considéreras sans doute idéaliste (je te connais et je me souviens de discussions précédentes à ce propos, qui remontent jusqu'à il y a une vingtaine d'années!) mais l' "appel" disons "ecclésial" que j'évoque implique pour moi nécessairement une dimension communautaire (certes "ouverte", pour reprendre un terme que tu affectionnes).

 

Libéral : il s’agit bien en effet de donner une grande place à la raison. Mais pas toute ! Je suis peu à peu parvenu à cette position au contact des gens que j’ai rencontré. Mon idée, mais peut être est-elle fausse, est de partir de la raison pour aller en direction de la foi…

 

Profil protestant Je ne suis pas un protestant fanatique, mais c’est l’Eglise d’ici et c’est pour elle que je travaille. Je me dois donc de ne pas parler pour d’autres (les catholiques notamment, même si il y a plus que des similitudes. Toutefois, la visée, pour moi est réellement œcuménique, c’est à dire : oikumene : la terre entière. C’est au devant de toutes les confessions actuelles, voir même des religions… Je serai plutôt en fait un peu syncrétiste…

 

Sacré endémique. Pour moi, ce qui m’est apparu en travaillant sept ans au sein d’une paroisse de l’EERV, est que cette caractéristique d’Eglise en fait constantinienne commande des convictions et des comportements particuliers, (sinon on se heurte constamment à des obstacles invisibles et terriblement coriaces).

 

Bien sûr dire qu’on est sorti de cette période (qui aura duré plus de 1650 ans). Mais, pour nous, pour moi, ici dans le canton de Vaud, c’est (encore) le régime actuel). Si, cas d’école, on décrétait que l’on sort du régime constantinien, il faudrait revoir beaucoup de choses, à commencer  par le financement

 

J’imagine que tu me diras que, de fait, on est en postchrétienté. Ce qui est pratiquement vrai si on fait un sondage. Partir de ce fait (la déchristianisation) et reconstruire ouvrirait de nouvelles perspectives et plus de clarté. Il faut toutefois tenir compte du « lest » de ce qui est derrière et qui pèse lourdement sur le présent. On ne peut pas ne pas tenir compte des casseroles qui nous collent à la peau.

C’est la raison pour laquelle je suis resté (pour le moment)  dans « l’ancienne » optique.

 

Fournisseurs de services. Je suis bien d’accord avec toi qu’il y a ek klesia « convocation ». On peut très bien voir une « convocation » dans un service à la population, la visée étant toujours de communiquer quelque chose de l’évangile

 

Communauté. C’est une dimension qui manque en effet. Tu n’es pas le seul à me le faire remarquer. Je dois travailler la chose. Par le passé, la communauté était le groupe des « notables » qui intégrait  le « petit peuple » sans qu’il ait trop à dire. En démocratie réelle, on ne peut plus faire comme cela !

Et suivant quel type de personnes constitue la communauté, elle engendre immédiatement une fermeture qui exclut ceux qui n’en sont pas, perdant du coup son multitudinisme

Il doit bien y avoir un moyen terme à trouver. 

 

 

Ensuite, concernant l'attitude de "défense" ou de "sauvegarde" du protestantisme: n'aurait-il pas valu la peine de dire (plus que dans une rapide note en bas de page 154, vers la toute fin du livre) que la crise que les Eglises séparées traversent, les unes et les autres parallèlement et sous des modes différents, devrait les pousser à réfléchir ensemble aux solutions à mettre en œuvre pour y porter remède? N'est-ce pas justement parce que nous ne sommes pas unis que le monde peine à croire (voir Jn 17,21)? De plus, une des caractéristiques des "chercheurs" à propos desquels tu écris est précisément celle d'être extrêmement mobiles du point de vue de l'approche confessionnelle... Ne serait-ce pas justement une chance œcuménique?

 

Réfléchir ensemble. Tu as raison, et on le fait. Mais pour ouvrer missionnairement ensemble il faudrait une réelle unité organique à la base… Or elle n’est pas (encore) là.

Remarque au passage : pour moi Taizé joue tout à fait le bon rôle en la matière. On ne demande pas leur confession aux jeunes et on fait comme si il n’y avait pas de différences…

 

 

Voilà pour les objections de base, qui ne remettent toutefois pas en cause, je pense, ta démarche en tant que telle. Ces remarques m'amènent, presque par voie de conséquence, à souligner rapidement encore quelques points (en suivant mes propres notes au fil du livre):

 

- p. 30: peut-on vraiment réduire le christianisme à une "religion de l'amour" ou à un "message d'amour"? Dit comme ça, cela sent un peu la guimauve et me paraît un peu court...

 

Religion de l'amour. C’est pourtant à ce seul titre qu’elle a une chance de devenir significative pour nos contemporains. On manque tant de partage, de pardon, et de respect pour les gens et la nature.

 

- p. 58: tu parles de l'engagement, dans la continuité, des jeunes qui ont reçu la confirmation. Mais cette continuité, n'est-elle pas justement remise en cause par notre manière ecclésiale actuelle de vouloir attirer les jeunes à des "événements" d'un moment, avec l'idée que le succès (avant tout numérique) de ces journées suffit pour en faire une réussite? La pratique de la foi ne peut s'alimenter seulement à ces moments-là. Comment alors inscrire justement la démarche dans le long terme au-delà de ces rencontres d'un moment?

 

Attirer les jeunes: Si on réunit les jeunes séparément des anciens, c’est parce qu’on ne peut pas les mettre ensemble. Il y a eu une rupture dans les années soixante… elle fonctionne toujours… (elle est d’ailleurs une des causes du problème).

Les grands rassemblements ne sont que des « starter ». Ils permettent de vivre des expériences qui se construiront peu à peu au long terme.

Dans tous les événements de ce genre (au demeurant pas si nombreux que cela), les organisateurs doivent penser le moyen terme… et utiliser ce qui est initié pour le placer dans le moyen et long terme.

 

- p. 75: l'idée de "révélation" n'est selon moi pas nécessairement lié à la posture d'une Eglise dont le mouvement irait de haut (ceux qui savent) en bas (ceux qui doivent se soumettre). Les responsables de l'Eglise eux-mêmes ont à se mettre à l'écoute de cette révélation et à s'en faire, modestement, les interprètes, en vivant avec ceux qu'ils côtoient. Dire et faire cela authentiquement, à moins de regarder à court terme, ne signifie pas qu'on évacue les attentes des personnes et de la société.

 

Tu as tout à fait raison et cela, je le dis dans le livre.

 

- p. 91: un problème assez général (qu'évoque déjà le titre de ton bouquin précédent): fait-on les choses POUR attirer des gens, EN VUE de les faire venir (tu parles ici des jeunes)? N'ya-t-il pas en premier lieu quelque chose à vivre, indépendamment du nombre de personnes qui s'y associe? Est-ce vraiment le nombre qui compte pour dire la qualité, l'authenticité de ce qui est vécu?

 

Quelque chose à vivre. Dans l’ordre des priorités, il est important de vivre soi-même de l’Evangile. Il est ensuite indispensable de faire les choses non pas pour remplir les Eglises, mais pour que les gens puissent s’approcher de l’Evangile et en vivre à leur tour.

Si il y a du nombre, tant mieux ! (le nombre n’est pas fondamental, mais il contribue au succès. Il faut se méfier des restaurants qui sont vides). Et en plus les grandes Eglises se doivent de toucher un maximum de monde, leur horizon est la société !

 

- p. 115: comme principe premier de gouvernance, "ne garder que ce qui sert les personnes"... N'est-ce pas se priver de toute une part de recul indispensable pour vivre ce qui est à vivre? Il y a des choses pas immédiatement et apparemment utiles au premier abord qui, par leur gratuité, se révèlent en un second temps extrêmement nécessaires et fécondes. Pourquoi penser de manière aussi utilitariste et avec en tête uniquement la visée pratique? Il faut des temps et des lieux d'arrêt pour que l'authenticité de ce qui est vécu ne soit pas diluée dans le faire.

 

Tu as absolument raison. Toutefois, c’est une proposition visant à inverser le principe hélas actuel de passer presque tout son temps à créer des choses pour des gens qui ne viennent pas, et passer du temps à des colloques sans fin qui « soignent » les ecclésiastiques d’être déconnectés de la population,

 

- p. 137-152: dans toutes les propositions liturgiques, je me demandes si tu ne fais pas un peu trop confiance à la capacité des ministres. Sont-ils tous vraiment assez "bien dans leur peau" pour faire tout ce qui est ici proposé? Je crains que des tentatives d'aller dans ce sens, si elles sont faites de manière maladroite, seraient plus grotesques que la situation actuelle et iraient encore davantage à contre-courant de ce que tu souhaites... Lorsque les pasteurs essaient de singer les mimiques ou la gestuelle de certains présentateurs TV par exemple, ils le font souvent de manière si gauche, que cela ne permet guère d'attirer les gens, mais les rend bien plutôt un peu ridicules! Il faudrait pouvoir inventer du neuf et non pas suivre, avec un temps de retard, le mouvement "du monde" voire une mode. Sur ce même point de la liturgie, une autre crainte: la démagogie qui menace ceux qui veulent trop "plaire" à leur public.

 

Peut-être pas tout faire… mais un peu ce serait déjà bien !

 

- p. 142: donner plus d'importance au contenant qu'au contenu, c'est perdre le message au profit de son "packaging"... Or c'est parce que le message (le cadeau) à donner plus loin est si précieux qu'il y faut un emballage adéquat. Un écrin de velours pour un bijou en plastique n'aurait aucune raison d'être! On ne peut pas seulement "se sentir bien" au culte (bien sûr qu'il le faille aussi, c'est certain; mais ce n'est pas seulement un divertissement spirituel qui doit être offert)... Il y a aussi (et peut-être d'abord) un contenu, qui est le motif même de l'"être Eglise", et il ne saurait être question d'en voiler le message au profit de l'"usager" visé!

 

Bien sûr mais c’est là aussi une question d’accent. Mais on ne peut pas soigner que le contenu au détriment du contenant. Actuellement le contenu est (sensé) être bien préparé, mais les formes sont laissées de côté (en fait ce sont sur les formes que les résistances sont le plus grandes. Cela dit quelque chose !)

 

- p. 148: donner nos églises pour en laisser faire des mosquées, comme tu le suggères dans la note? C'est vraiment une forme de kénose qui pourrait être comprise comme une capitulation! Bonjour le dialogue! Mais c'est un sujet délicat, et je reconnais que je réagis trop à fleur de peau ici...

Prêter (ou louer) nos locaux… cela fait des rencontres et des contacts

 

- p. 149 (et p. 152): l'Eglise "traditionnelle" comprise uniquement comme régulatrice autoritaire (et par la contrainte) de la société? C'est la caricature de la Genève calvinienne! Mais est-ce vraiment ainsi seulement qu'il faut lire l'action ecclésiale au cours des siècles? Je trouve cette analyse presque un peu marxiste! Mais je suis bien conscient que les représentants de l'institution ecclésiale, au cours des siècles de la chrétienté,  se sont rangés plus souvent à qu'à leur tour du côté des puissants. Il faudrait pouvoir nuancer davantage.

 

Bien sur que nuancer c’est important. Mais quelques fois les nuances sont des cache misères. Ce qui me semble important ici est de voir comment l’Eglise est ressentie dans la population. Or elle est souvent (encore) très mal ressentie. Il semble que, bien que « les gens » ne savent plus rien de la foi et des Eglises, ils gardent une « dent » contre elles, et c’est sûr ce jugement qu’il ajustent leurs pensées et comportements…  

 

- p. 160: une espérance de vie de dix ou quinze ans pour l'Eglise? N'est-ce pas une manière trop humaine de calculer pour une institution fondée par le Christ et assurée de sa promesse "jusqu'à la fin des jours"?

 

Je ne parle pas de l’Eglise universelle, je parle des grandes Eglises, des institutions telles que l’EERV. Et ce n’est pas moi qui le dis, c’est Baillif et Stoelz, et aussi Glardon et Fuchs.

Il y un type d’Eglise chrétienne qui non seulement survit mais est en train de gagner le monde entier, c’est l’évangélicalisme, le pentecôtisme et les conservatismes… Je trouve dommage que le message du Christ se résume à cela pour mes petits enfants…

 

Voilà en gros... Mais tout cela ne te semblera peut-être pas très clair... Espérons surtout que tu ne m'en voudras pas de toutes ces remarques (mais c'est toi qui m'avais demandé mes réactions!). Je continue à trouver courageuse ta démarche et réussi ton effort. Et me réjouis de savoir à mon tour quels fruits tout cela pourra porter concrètement et localement.

 

Mois aussi !

 

En poussant, je serai un presqu’un peu syncrétiste…

Aucune ne doit avoir le « dessus », les solutions sont à inventer au devant de nous même

J’ai bien conscience que je désire « allonger la sauce » encore un peu. Et ce n’est pas par peur de perdre mon salaire, mais parce que c’est une belle idée. 

 Sortir du giron de l’Etat. On ne peut pas jouer sur deux tableaux.

Ca me fait toujours penser à cette image de l’aumônerie des gymnases ou le pasteur est seul avec tous et le groupe biblique une communauté sans pasteur…

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Matthias et Virgile
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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 15:42

Modifier la posture

En contrepied des aspects pervers de la société,

en s’installant dans des brèches de temps,

les Eglises mainstream peuvent offrir un grand

nombre de choses attendues par nos contemporains.

Dans une société de bruit, offrir du silence;

dans une société rationnelle, offrir du mystère;

dans une société individualiste, du lien social;

dans une société «hors-sol», des racines, etc.

Toutefois, ces propositions ne pourront se déployer

qu’au moyen d’un certain nombre de

changements.

«Etre avec» plutôt que «faire pour»

Curieusement, il ne s’agira pas tant de mettre

de nouvelles choses ou activités au programme

(on le fait déjà), que de modifier la posture, la

manière d’être et de proposer. En gros: quitter

réellement la position dominante pour entrer

dans la concurrence. Modifier le: «venez chez

nous» pour «aller vers» la société et (r)établir ainsi

la relation avec nos contemporains. Enfin, dans la

même logique: passer d’un «faire pour» à un «être

avec».

L’épître aux Philippiens (chap. 2), nous montre

un Christ qui quitte ses prérogatives divines

pour venir à la rencontre des humains. Cela

nous donne un modèle inspirant. Il s’agit de la

«kénose», de la désappropriation, pour aller à la

rencontre d’autrui. C’est ce mouvement de Jésus

lui-même, qui constitue le modèle théologique et

pédagogique. Ce qui est visé est donc une position

essentiellement humble et modeste qui va à

la rencontre des attentes et des besoins spirituels

et humains de nos contemporains et qui construit

avec eux des réalités dont ils sont coauteurs.

Il s’agira dès lors, avec ceux qui sont en recherche

de spiritualité et d’humanité, dans le dialogue,

de construire ensemble des programmes et

des rencontres.

Du sens, du temps, du silence

Ce qui se passera? A ce stade, pour être fidèle

à notre logique, on ne devrait rien en dire, et attendre

ce qui sortira de ces rencontres. Mais rien

n’empêche d’imaginer des scénarios, car les attentes

et besoins spirituels sont connus.

La question du sens dans notre société qui

ne propose pas grand-chose hormis de devenir

des producteurs-consommateurs. Ici, la prise en

charge par les Eglises mainstream des fameuses

quatre étapes de la vie (la naissance, l’adolescence,

l’amour et la mort) constituent des entrées remarquables

pour retrouver un sens… notamment

celui de savoir que nous sommes profondément

aimés et que notre passage sur terre n’est pas seulement

un hasard.

La problématique du temps, tellement rempli

qu’il ne constitue bientôt plus qu’accélération et

frustration. Ici, une redécouverte et une ritualisation

des grands moments de l’année (les fêtes), de

la semaine (le dimanche) et de la journée seraient

en mesure de transfigurer, de rendre un peu de

l’humain à lui-même…

Le besoin de silence invite à proposer des

temps d’intériorisation et de méditation. L’individualisme

et la solitude: des groupes de parole

en fonction des différentes situations de vie

(deuils, divorces, éducation, préoccupations sociales,

écologiques, politiques, etc.).

Et de manière plus interne: le désintérêt pour

les formes actuelles du culte réformé invite à

tout un travail de reconstruction liturgique en

vue de prendre en compte, en vérité, les besoins

spirituels actuels. La corporéité, l’émotion, la

communion… Taizé fournissant un modèle non

dépourvu de pertinence.

Communiquer de bouche à oreille

Tout cela et bien d’autres choses encore devront

impérativement se construire avec nos contemporains.

Chaque chantier commencera avec au

moins quatre ou cinq personnes hors du sérail.

Ensuite, si ce qui se vit est riche et satisfaisant,

le bouche-à-oreille constituera la meilleure communication.

Même si le nombre des réformés est

en diminution, les attentes et besoins spirituels

sont tels qu’il y a largement de quoi faire et retrouver

une vraie place au service d’une conception

ouverte et accueillante de l’Evangile.

Le pari derrière tout cela est que la tradition

chrétienne est en mesure d’assumer ces fameux

besoins et attentes de nos contemporains. Il

convient juste d’opérer des déplacements d’accents

théologiques et spirituels. Les grandes interrogations

de notre temps trouvent des échos

dans la Bible. En vivifiant des pratiques telles que

la spiritualité comme quête, la foi comme sagesse,

une lecture spirituelle de la Bible, une intégration

de l’approche mystique et bien d’autres choses

encore que je décris dans mon livre*, il y a un

avenir.

Ajoutons enfin, et c’est très important, que cela

devra passer par une modification de la gouvernance

des Eglises historiques. La pratique institutionnelle

actuelle, lourde et lente, correspond à

un autre temps, incompatible avec notre «société

liquide». Il doit faire place à des modes de décisions

rapides avec les partenaires du terrain…

Les crises sont une chance, elles peuvent devenir

des mutations…

Virgile Rochat, pasteur

* Virgile Rochat, «Le temps presse!», réflexions pour sortir les

Eglises de la crise, Labor et Fides, 2012.

Modifier le «venez chez nous» pour «aller vers» la société, passer d’un «faire pour» à un «être avec».

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