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Mardi 14 mai 2013 2 14 /05 /Mai /2013 16:14

Aumônier des Gymnases de Morges et Nyon, puis de l'Université de Lausanne, et aujourd'hui de la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne, l'auteur revient sur sa riche pratique ministérielle pour avertir les églises réformées : sans un changement radical d'orientation, elles sont vouées à disparaître à cause de la répulsion qu'elles causent à une majorité de contemporains. Leur rôle social normatif et répressif a perdu tout sens dans un contexte postmoderne, où le plaisir est devenu une valeur dominante.

Pourtant, les églises réformées ont aussi un long héritage de culture et de soutien. Pour l'individu actuel, la pression de l'économie, la course à la consommation, la fatigue de la concurrence, amènent un besoin de silence, de partage et de spiritualité.

Héritant des rites de passage de la civilisation occidentale, des fêtes qui réunissent, de la lecture savante de la Bible, les églises réformées sont à la recherche d'un nouveau positionnement dans la spiritualité contemporaine. En abjurant tout contrôle social, elles pourraient recréer un espace chaleureux et accueillant pour tous.

Par virgile
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Jeudi 14 février 2013 4 14 /02 /Fév /2013 17:11

Quelques pensées suite à une belle rencontre avec des paroissiens soucieux de l'avenir.

C'esst une manière synrthétique de dire les choses pour être bref et précis.

Il s'agit de décrire un avant et un après au sujet des grandes Eglises !

(c'est bien sûr trop simple et caricatural, mais je crois ques c'est intéressant.    

 

Le système se tenait.

Il y avait un ordre, il y avait une logique, un équilibre, une organisation. C’était solide.

Il y avait un code, on le trouvait dans les Ecritures.

Il y avait le pasteur, il enseignait.

Les enfants au catéchisme, les adultes au culte dominical.

Il allait dans les maisons, veillait au bien de tous, était présent dans les moments redoutables de la vie.

Il  avait la cure, le château et l’Eglise… les pouvoirs étaient proches…

Il y avait un financement assuré indépendant de prestations. Il venait du canton, qui savait pourquoi il payait.

 

Il y avait la communauté, c’était bien sûr toute la population du village ou du quartier, les baptisés, mais cette communauté c’était surtout les notables (n’entrait pas au conseil de paroisse qui voulait !)

Il y avait la femme du pasteur pour rendre service et faire « l’école du dimanche ». Il y avait les enfants du pasteur… pour donner un modèle aux jeunes sur la la juste manière de se comporter.

Il y avait aussi le régent, parfois le notaire ou le médecin, ou le député, c’étaient des frères ou des cousins…

Tous unis dans une même vision, une même idéologie, des valeurs communes

Les jours ressemblaient aux jours.

 

Le système se tenait, si l’on peut dire

 

 

Et voilà que quelque chose et venu, a surgi, et a brisé ce monde-là. En moins d’une génération.  Au milieu du XXe

La liberté s’est montrée plus importante que la soumission.

La créativité plus importante que l’obéissance,

L’invention que la répétition…

L’individu que le groupe !

L’argent que les relations humaines

 

Et l’Eglise, qui était la colonne vertébrale de cet « ancien régime », s’est écroulée avec lui.

Pendant un certain temps, elle a pu maintenir un semblant d’existence comme si rien ne s’était passé, mais elle n’y parvient plus.

Ceux qui s’en vont ne sont plus remplacés…

Les jeunes ne veulent plus de ce mode de vie, il est trop loin de leurs préoccupations

La théologie ne les intéresse plus, le ministère non plus

Les gens dans les paroisses souvent admirables, sont souvent fatigués…

 

Comment faire maintenant ?

Quel message annoncer,

Quelle morale proposer…

Comment s’organiser

 

Et pour qui ?

Et en vue de quoi ?

 

Voilà notre constat, voilà nos questions

                                                                                    Bursins, le 13 février 2012 

Par virgile
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Vendredi 1 février 2013 5 01 /02 /Fév /2013 11:31

 

Parmi les objections repérables face à la foi chrétienne, il en est une qu’il vaut la peine d’aborder. Une grande quantité de gens, les adolescents notamment, ne désirent pas faire « le pas de la foi » car ils ont peur de perdre leur liberté. Ils craignent de ne pas pouvoir faire ce qu’ils auraient une fois ou l’autre envie de faire…

 

Ils ont bien écouté le catéchisme, ils l’ont trouvé intéressant… « l’Evangile est sans doute un beau projet, mais c’est pas pour moi, c’est trop dur, trop exigeant ».

Il ne faut pas minimiser cette objection. Elle entre très fort dans la problématique de l’imaginaire contemporain face à la foi chrétienne. Elle s’inscrit dans cet univers d’extrêmes libertés individuelles qui caractérise notre époque (avec ses aspects positifs et ses aspects problématiques).

On peut fort bien comprendre cette crainte. Elle peut se justifier. Entrevu d’un certain angle, le message de l’Evangile peut apparaître comme castrateur, entrave au plaisir, diminution des possibilités apparemment infinies de que fait miroiter la vie en ses débuts.

 La fameuse règle de l’amour qui place l’autre au dessus de moi peut être une réelle entrave au « moi-je ». Le respect infini de l’autre, largement prêché et vécu par Jésus vient plomber certains desseins peu avouables… Et on pourrait remplir des centaines de pages avec ces arguments. Et il est vrai qu’ils y sont ! (et ce n’est pas une catastrophe en soi, l’ « égo » est souvent surdimensionné)

 

Mais, curieusement, ceux qui sont entrés dans la foi, ceux qui, dépassant cette peur de voir leur liberté entravée, non seulement ne se sentent pas moins libres, mais plus libres.

C’est comme si, en fait, du dedans, une source s’en venait à jaillir sans limites : « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, des fleuves d’eau vive couleront de son sein » (Jn 7,38), « Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libre » (Jn 8,32), dit le Christ.

Le problème – et il est de taille – est qu’apparemment, il faut le lancer dans le vide, il faut entrer dans une réalité expérimentable seulement après…

Et, à notre époque, c’est devenu inacceptable, car ce cas de figure ne se présente presque jamais dans notre société. On peut toujours expérimenter avant d’acheter, suivant le bien on peut le payer après un temps d’essai voir même le rendre dans les trente jours s’il s’avère ne pas convenir !

 

Une impasse donc ?

Oui, si l’on continue de présenter la foi comme un saut dans le vide (elle risque de ne se trouver accessible qu’aux personnes en crise grave, celles qui n’ont plus rien à perdre).

La voie est ailleurs. Il ne s’agit plus tant de mettre la personne face à un choix que de l’inviter à descendre en elle-même, et à laisser être cette mystérieuse présence.

Lui dire que tout au fond d’elle réside un mystère de vie, une source de liberté, une présence.

Et que la foi consiste précisément à « laisser être cette présence », à laisser se développer l’Esprit de Dieu en soi, « Vous êtes le temple de l’Esprit saint » (1Co 3,16).

Ce n’est pas un coup d’état de la volonté, pas un saut, pas un ultimatum. Donc pas de risque de perdre sa liberté, mais au contraire une lente appropriation de sa véritable identité. Unique, belle, forte.

La foi ainsi ne consiste dès lors plus en un danger de se perdre, mais à l’inverse celui de se trouver. Elle n’est plus perte de liberté, mais possibilité de pouvoir l’exercer en respect de soi et même et de l’autre.

 

Ca change la vie !

 

 

Par virgile
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Vendredi 18 janvier 2013 5 18 /01 /Jan /2013 10:35

Yvan Aboussouan : Le christianisme n’a-t-il pas tout simplement réussi ?

Tout le monde a et vit les valeurs chrétiennes : le respect, l’ouverture, le droit des enfants, etc.

Ne suffirait-il pas de dire que tout cela est chrétien ?

 

Merci pour cette remarque !

On peut en effet voir dans la société occidentale un fruit du judéo-christianisme. Les grandes valeurs prônées sont globalement les droits humains. On peut les faire remonter à l’Evangile : « aime ton prochain comme toi-même » ou les béatitudes. Le philosophe Marcel Gauchet, dans le « Désenchantement du monde »  a parlé de : « la religion de la sortie de la religion » montrant par ces termes que le judéo-christianisme comportait dès le début les germes de sa (fécondation et) dissolution dans la société.

 

Mais ça se discute. Les laïcards refusent cette tentative d’annexion par les chrétiens, prouvant que la filiation provient du siècle des lumières et certains chrétiens refusent d’y voir un fruit de l’Evangile, niant à l’homme la capacité de faire le bien et préférant parler des « devoirs de l’homme !».

 

Dans tous les cas, même si des chrétiens peuvent affirmer que notre société au niveau du vivre ensemble et de la solidarité peut se réclamer du christianisme (solidarité, valorisation du pardon, et plus généralement : redistribution des richesses par la charité et la fiscalité, systèmes de sécurité sociale), le chemin pour arriver à cela est encore long.

 

Arriver à ce que ces valeurs soient vécues intérieurement, partagées par tous et réalisées dans le concret reste une tâche loin d’être gagnée. D’une part, ces valeurs ne sont pas partagées par tous. D’autre part elles sont danger face à la montée du néo-libéralisme, et surtout elles demandent une force intérieure énorme pour être mises en œuvre.

 

Tout le chemin reste donc sans cesse à faire. Soit pour conserver est rendre solide ce qui est, soit pour l’étendre au monde et à la nature. Et cela nécessite un redoublement d’imagination et d’action… qui devrait nous mobiliser bien plus que nous le faisons actuellement… Et cela nécessite aussi le recours à une énergie de vie, la force de l’Esprit, qui ne monte pas naturellement au cœur de l’homme, mais qui doit être reçue et cultivée.

 

C’est la tâche de la foi et de la spiritualité. C’est sa contribution au bien de l’humanité, c’est un don de Dieu, et c’est la tâche de l’Eglise que de communiquer ce (beau) message !

 

Par virgile
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Lundi 7 janvier 2013 1 07 /01 /Jan /2013 09:07

Pour continuer le débat lors de la soirée du 24 novembre 2012 avec les diacres en formation chez Gladys et Henri Chabloz                                                vr/janvier 2013

J'ai eu la chance d'être invité à une soirée de discussion sur :"le Temps presse" par une volée de diacres romands en formation OPF. Ils ont ajouté cela à leur temps réglementaire et avaient lu le livre. La soirée a été très belle et dense, et il avait été impossible de répondre à toutes les questions et remarques. Cest la raison pour laquelle j'y consacre cet artile de mon blog. Les intervenants ont accepté que leur nom figure sur les questions. 

 

Renaud Rindlisbacher : Comment faire avec les anciennes générations ?

 

Ta question est très importante, elle témoigne de ton souci d’unité. Mais c’est une « colle » pour moi, car le problème se situe précisément dans la rupture de transmission des années 60.

Parmi les scénarios ;

1. On tente de mettre tout le monde ensemble, et c’est ce qui se passe actuellement, à savoir que ce sont les (grands) aînés qui dominent, avec leur esthétique, leurs idées… et cela ne laisse peu ou pas de place aux générations d’en dessous (dès 60 ans !).

2. On organise des « existences séparées » avec des activités distinctes et des horaires différents. C’est aussi ce qui se passe parfois, mais la diminution du nombre des ministres rend cet exercice difficile, car il nécessite un grand nombre d’animateurs.

3. Troisième scénario, on travaille à autonomiser le groupe de 3e âge (en le faisant par ex. bénéficier d’un ministre à la retraite), et on invente de nouveaux types de présence et de propositions pour des populations nouvelles.

C’est cette proposition qui est la mienne. Ce faisant, comme je le préconise dans mon livre, on inverse le fameux 90% de « reproduction » et 10% d’ « invention » pour passer à 90% d’invention et 10% de reproduction. 

Question : « comment convaincre une assemblée de paroisse à voter un tel projet alors qu’elle est composée en majorité de personnes d’âge respectable (et de plus jeunes qui partagent leurs idées puis qu’ils y sont ?)

 

 

 Pascale Boismorand : Est-ce que la pression sociale n’était pas forte au point de contraindre les gens à participer à la vie d’Eglise ?

 

Eh oui, vous avez raison. On peut l’appeler la pression sociale, ou la coutume. Dans les deux cas, il s’agissait de forces qui ne faisaient pas appel à une décision personnelle, mais à une obéissance au groupe. Cela a fondamentalement changé. Ce qui domine maintenant est l’individualisme et le libre choix.

On doit faire avec cette nouvelle donne : toucher, convaincre, séduire avec la substance et la qualité de ce que l’on propose. C’est une conversion extrêmement difficile pour une institution qui n’avait pas ce genre de soucis durant des siècles.

Nous devons maintenant nous intéresser aux attentes et aux besoins pluriels des personnes dans une société éclatée…

Question : « comment les connaître ? ». Réponse : « en les rencontrant en vérité et se laissant « changer » par elles… »

 

Pascale Boismorand : Est-ce que la véritable fonction et le sens de  l’Evangile est de répondre aux besoins et attentes des gens ?

 

Merci aussi de la question. Evidemment que posée comme ça, la réponse est non. Du moins pas tous…

Ce qu’il faut savoir, c’est que, par le passé, les grandes Eglises, sans l’avouer, répondaient aux besoins et attentes d’une partie de la population. La partie dirigeante, les notables, ceux qui faisaient l’opinion, dirigeaient la politique. L’Eglise était impliquée dans la construction sociale. Dit comme ça, c’est évidemment trop massif, cela mériterait de très amples développements. N’empêche, prouvez-moi le contraire… Dire que l’Eglise était constantinienne est un bon résumé.

Ce que je propose n’est pas, à l’instar des Eglises évangéliques, de sortir de la société, mais d’y rester en proposant une spiritualité qui corresponde aux besoins et attentes de ceux qui font la société actuelle. De la même manière que l’Eglise l’a fait dans le passé, continuer de le faire pour la société actuelle.

Question : Une église publique  est elle compatible avec une société plurielle et éclatée ? (là, est peut être la seule question à se poser et la réponse n’est pas évidente du tout. Il faut y travailler. Et je dois vous avouer que si la réponse est « non », je vais devoir revoir ma copie. Pour le moment, je persiste et signe…

 

 

Yvan Aboussouan : Il y a tout un travail de communication à faire. Comment actualiser

Quels mots utiliser ? Comment ne pas réveiller un passé négatif ? 

 

Votre question, on se la pose depuis que le marasme atteint sérieusement les grandes Eglises. Elle est très importante et pas simple.

Je prendrai le problème de la manière suivante : si communiquer consiste à adapter un message donné, solide et clair, et trouver les formes et les mots qui font mouche dans notre temps, le problème n’est pas un problème de communication.

En vérité le problème se trouve dans le message à communiquer dans le sens, le contenu. Celui-ci doit répondre aux interrogations qui existent chez les femmes et les hommes d’aujourd’hui avant de chercher à être communiqué.

C’est tout un travail, le travail précisément théologique. Celui ci est difficile à faire précisément du fait de la société plurielle et éclatée… Il ne s’agit pas de plaquer une parole, mais la traduire, de la réinventer en fonction du temps présent, en fonction de la singularité de notre époque. Durant très longtemps, ce travail (on l’appelle la « dogmatique»), a été fait sur la base de la philosophie. C’est plus compliqué que cela, mais on peut dire que les théologiens tendaient à dire la foi sur l’arrière fond philosophique de la société. Actuellement le paysage philosophique, comme le paysage artistique ou musical est complément « déconstruit », c’est un euphémisme de le dire. On pourrait presque dire : détruit. Depuis une quarantaine d’années, on l’a fait sur la base de la sociologie puis de la psychologie. On se met à le faire sur la base de l’anthropologie… mais les discours sont si nombreux et discordants que c’est un travail de Sysiphe ou de Pénélope.

 

Pour illustrer le propos et le rendre plus compréhensible, je vous citerai l’attitude (globale, ils ne sont pas monolithiques) du christianisme évangélique. Pour ce courant, la question est bion une question de communication. Ils disposent d’un message clair, précis, concis, opératoire. Le seul problème est de savoir comment le faire passer. Et sur ce point ils sont extrêmement forts. Ils ont totalement modernisé la forme et ils ont un réel succès, en tous cas sur la frange des personnes qui sont sensibles aux préoccupations prises en compte et à l’esthétique choisie. Ces Eglises peuvent faire de l’apologétique, de la défense du christianisme (en fait de leur christianisme…).

    

Vous voyez dès lors pourquoi ce n’est pas d’abord une question de communication, mais une question infiniment plus grande. Je traite de la chose dans mon livre en parlant de Luther qui avait su capter la grande question des foules de son temps, et en proposant des déplacements théologiques et spirituels…

Question : Où est notre Luther d’aujourd’hui ?

 

 

Isabelle Plan : Clarifier les axes concrets :

 

Le rapport au politique, au vivre ensemble.

 

Le rapport au politique est une dimension très importante dont on a peu conscience. Notre société veut confiner le religieux dans la sphère privée. Or c’est un piège pour nous étouffer. Le question tout à fait publique.

D’abord parce que durant des siècles (et actuellement dans de très nombreuses contrées), la religion a été (est) constitutive du politique au sens du vivre ensemble dans la « polis » la cité. Elle a (et devrait avoir) encore un grand rôle à jouer, celui précisément d’aider les gens à vivre ensemble. Et c’est bien parce qu’elle a hélas souvent aidé à faire la guerre qu’elle peut aider à faire la paix… (voir H. Küng et son projet d’éthique planétaire).

Ainsi donc, il est important de concrétiser dans le quotidien non seulement personnel, mais social et  politique, les valeurs que la religion communique : la paix, le respect, le rôle des « riches », l’attention au plus pauvre, etc. .

Ces réflexions conduisent à la deuxième question :

 

La question de l’écologie et de la spiritualité.

 

Un des problèmes centraux de notre société est celui de la destruction de la biosphère du fait de l’utilisation massive de combustibles fossiles. Dans la prise de conscience de cette réalité et la lutte pour inverser le mouvement s’il en est encore temps, la spiritualité et les religions peuvent jouer un rôle non négligeable. Celui de montrer que le confort, la consommation et le prétendu bonheur matériel ne sont que chimères : « l’homme ne vit pas de oain seulement ». Et que la gestion de la création est une tâche donnée par Dieu qui nous la confie non pour la piller, mais pour la donner à nos enfants.

 

 

X. Pas mal de gens aimeraient des réponses toutes faites avant de croire. Comment entrer dans un dialogue sans les remonter contre la foi tout en respectant les gens ?

Un dialogue qui atteint les gens…

 

Votre question est très importante. Elle pose le problème du type, du genre d’Eglise.

Dans notre société plurielle et éclatée, il semble difficile, voir impossible de revenir à une église pour tout le monde (d’ailleurs est-ce souhaitable ?). Ainsi donc, il devrait y avoir (et il y a !) des églises différentes qui mettent chacune l’accent sur un aspect de la foi et le développent. Par exemple, chez les protestants, les églises évangéliques (pentecôtistes ou non) proposent un accueil chaleureux, de réels moments d’émotions et des réponses (presque) toutes faites. Elles touchent ainsi la frange de la population qui y est sensible. Honneur à elles ! si on peut dire… Il faut quand même ajouter que, en se présentant parfois de manière assez exclusives, elle peuvent éloigner des gens de la foi chrétienne.

 

Dans la même logique, les églises historiques ont à se profiler sur le « marché » du religieux. Il me semble que, différemment des précédentes, elles devraient insister sur le caractère de la foi comme recherche, comme quête, comme pèlerinage. Ce faisant, elles présenteraient au « monde » un visage plus accessible, plus adapté à des personnalités qui ne cherchent pas forcément une sécurité, un environnement chaleureux, mais du partage sur les grandes questions de la vie, sur : « comment être authentiquement humain dans notre société ?».

 

Il devrait juste y avoir une bienveillance réciproque entre ces types ou genres d’églises, de manière à faciliter la circulation des fidèles qui n’ont pas tous les mêmes besoins et les mêmes attentes au même moment !             

 

X. …et si il n’y avait plus de grandes églises ?  Qu’est ce que cela changerait ?  Qu’est ce que cela poserait comme problème ?

 

Merci de poser cette question. Je dirai que serait vraiment dommage que le christianisme (version protestante) ne se présente plus que sous sa forme « fastfood » telle que proposée dans ce qui est désormais son plus grand nombre sur terre. On a besoin de MacDo, mais on a besoin aussi de gastronomie. Il y a bien sûr avoir la foi, donner sa vie à Jésus, puis faire de la mission tous azimut l’objectif final, c’est bien et sans doute nécessaire. Mais il y a aussi besoin de penser, de confronter, d’approfondir, d’avoir accès à 2000 ans de christianisme qui ne sont pas que des balayures. Il y a besoin d’une présence chrétienne que j’ai appelée « soft » dans mon livre. Il y a besoin de diversité, de charité désintéressée, de dialogue interreligieux, de culture et de dialogue avec la culture… Tout cela est le fait des grandes Eglises… Puissent-elle se réformer assez pour qu’elle parviennent à continuer de tenir leur place dans le concert chrétien !

 

Annick Monnot : Le christianisme n’est  pas en train de mourir ! Est ce que ce livre aurait pu être écrit par des catholiques au XVIe ?
Il y a des choses nouvelles, mais elles devaient être acceptée, intégrées, admises par l’institution. Comment valoriser les choses qui se vivent maintenant ?

 

C’est exactement le thème de mon livre. Relisez, vous verrez ! 

 

Henri Chabloz : Ce qui est difficile, c’est que l’institution garde et conserve ce qui est, mais elle est handicapée face au nouveau !  L’institution a besoin de liberté !

 

Tu as raison, Henri, l’institution est là pour conserver. Elle ne peut en elle même que rarement inventer. Elle ne change que sous la contrainte, ou plus exactement, elle intègre ce qui semble lui être utile pour se conserver, ou, si elle est assez forte, ce qui pourrait la détruire.

A ce sujet, l’exemple de la création de la société des écoles du dimanche en Suisse romande au XIXe siècle est éloquent. Elles ont dû se constituer en association hors de l’institution ecclésiastique qui n’en voulait pas… et au bout de quelques dizaines d’années elles sont devenues un élément constitutif qui continue aujourd’hui de la pédagogie chrétienne dans nos contrées. Il en a été de même pour la création de diaconesses de St-Loup… et de milles choses encore. La vie se déploie par elle même, mais elle doit d’abord naître puis convaincre. Comme dit le proverbe : « la meilleure critique du faux est la pratique du vrai », ou, mieux dit : «  la meilleure critique mal est la pratique du bien !».  

Des changements pourront advenir dans l’Eglise protestante dans la mesure où ils commenceront à vivre de leur côté et deviendront suffisamment forts pour devenir incontournables…

Qui est-ce qui commence ?   

 

Etienne Guilloud  :

Montée des courants confessants, pourquoi tant de haine ?

 

J’ai déjà abordé cette question plus haut. Ce que je crois profondément, c’est qu’il y a de la place pour tout le monde sur la planète des spiritualités. Pour tout le monde, donc aussi, face à des conceptions closes, de la place pour des spiritualités plus ouvertes, plus « en chemin », en recherche, en quête.

Dans notre société plurielle et éclatée, il ne peut en être autrement. Tout le monde n’a pas les mêmes besoins et attentes en même temps et cela se modifie en fonction des circonstances de la vie…  

Ainsi, ce n’est pas de la haine, juste du droit à la complémentarité, de la possibilité d’exister, de pouvoir circuler d’un lieu à l’autre sans que ce soit une catastrophe.

Ce qui me dérangerait, ce serait le jugement qu’exercent certaines de ces communautés de confessants sur les autres Eglises, mais je sais que c’est aussi vrai dans l’autre sens (ce que tu me reproches). Ainsi chacun a à balayer devant sa porte…

D’ailleurs, il y a une multitude de communautés évangéliques et une multitude de fidèles qui suivent cette voie. Il n’y a donc pas de jugement global à poser, juste se baser sur des tendances (on peut les connaître en regardant leurs sites www), et surtout bien distinguer les doctrines des personnes… Un discernement reste nécessaire. 

 

J’ajoute quand même que ce qui me dérange particulièrement, et qui arrive parfois, c’est que, dans ces communautés, la vision du christianisme étant présentée comme la seule  « vraie » (d’ailleurs ils se disent « chrétiens » comme si d’autres ne l’étaient pas !), un refus de cette vision par une personne untelle peut entraîner le refus de la foi chrétienne en son entier… Reconnaissons que c’est dommageable au message de l’Evangile qui n’est la propriété de personne !

 

Je résume en deux mots : Il y a de place pour toutes les formes de foi chrétienne. Toutes.

 

 

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